Captivant, le tricot ?

Entre le travail à temps plein et l’école à temps plein, je ne trouve pas toujours le temps de tricoter (à mon grand désespoir). Je me suis donc trouvé des petits moments à travers ma journée pendant lesquels je peux m’adonner à ma petite passion : en écoutant la télévision, sur mon heure de dîner au travail, pendant mon 15 minutes de pause durant mes cours, en attendant l’autobus, dans le métro…

Dans le métro! Il n’y avait pas, pour moi, un lieu plus intimidant que dans le métro pour tricoter. Tous ces gens qui m’observaient ou que je sentais me juger m’intimidaient énormément. J’avais l’impression d’être une weirdo ou un extra-terrestre difforme.

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Début septembre, dans le métro, une inconnue d’âge respectable m’observe depuis plus de temps que celui qui est considéré normal pour deux inconnus. Je ne peux pas m’empêcher de la regarder en retour, mais je n’ai pas terminé ma rangée. Je ne sais pas si c’est un réflexe ou si c’est parce que ça me dérange, mais je la regarde.

Elle me sourie gentiment et me dit « ça fait longtemps que je n’ai pas vu quelqu’un tricoter ». Je lui réponds par un sourire, un peu déstabilisée par sa gentillesse. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit gentille, cette dame qui me fixait.

Elle me demande ce que je tricote, je lui réponds « des bas ». Et là, tout à coup, son regard change complètement. Elle n’est plus gentille, elle est impressionnée. « C’est la seule chose que je n’ai jamais osé tricoter, des bas. Ç’a l’air tellement difficile. » Difficile? Et moi, c’est la seule chose que je tricote. Ne sachant toujours pas quoi lui répondre, je lui sors un « ah oui? » et sourie encore. J’ai l’air d’une imbécile heureuse.

Trois semaines plus tard, toujours dans le métro…

Un inconnu me fixe. Il est très proche de moi, alors ce n’est pas très subtile. Je le regarde en retour, en arrêtant de tricoter. « Ça fait longtemps que je n’ai pas vu quelqu’un tricoter! Ma femme a arrêté depuis plusieurs années! » me lance-t-il. J’ai un doux sentiment de déjà vu. Doux, parce que ça me rappelle la gentille dame de la dernière fois.

Avant que je réponde quoi que ce soit, il me dit : « Arrête toi pas! Je ne voulais pas t’interrompre et t’as l’air concentrée; c’est beau à voir ». Merci monsieur! C’est captivant le tricot, et puis, ça relaxe. « C’est ce que ma femme me disait aussi. » Et puis il me lance « En tout cas, c’est vraiment le fun de voir des jeunes tricoter, encore de nos jours. Continue comme ça! » avant de sortir du métro. Gentil monsieur.

Depuis, au moins une douzaine de personnes m’ont parlé, félicité ou souris parce que je tricotais. Tout ça, dans le métro. Je me fais encore fixer par beaucoup de gens. En fait, il ne me fixent pas moi, mais les mouvements répétitifs des aiguilles. Alors quoi, ce n’est pas captivant le tricot?

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